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Flash Review, 9-16: Cosmogenies
'Seasons' greetings from Romeo Castelucci

Par Pauline Testut
Copyright 2013 Pauline Testut

PARIS -- C'est en 2011 que Roberto Castellucci avait fait parler de lui avec la pièce "Sur le concept du visage du fils de Dieu," non seulement au sein de la communauté artistique mais aussi dans une dimension plus large. Cet évènement avait en effet coincidé avec l'affirmation publique d'un certain intégrisme catholique incarné en France par des mouvements tels Civitas ou Action française, que l'on a retrouvé ces derniers mois sur la scène médiatique lors du débat sur le mariage gay.

Manifestations et hostilités contre le public de la pièce avaient été déclenchées par la souillure physique exercée sur une reproduction du célèbre portrait du christ par Messine.

C'est donc une certaine odeur de souffre qui a entouré Castellucci et sa nouvelle pièce "The Four Seasons restaurant," jouée du 17 au 27 avril 2013 au théâtre de la ville. Le titre du spectacle, inspiré par un épisode de la vie de Mark Rothko (celui-ci avait refusé d'exposer des toiles dans le restaurant du mÉme nom en 1958, opposé à un art alimentaire) renvoie à la disparition, à l'annihilation de la monstration qui est dès lors un acte de foi pour l'artiste.

Une dimension mystique est présente dès l'ouverture du rideau, avec un son enregistré par la NASA : celui d'un trou noir, c'est-à-dire littéralement le bruit du vide...L'idée du cosmique, voire cosmogonique, va Étre disséminée dans toute l'¤uvre, accompagnée par des sons parfois stridents et brusques, rappel d'une nature et d'un esthétisme impressionnants produits par une toute puissance divine.

Sont ensuite mises en scène une dizaine de personnages féminins qui sont des incarnations de l'universelle "jeune fille", donnant au spectateur une multiplicité de références possibles, celles aux choix de l'innocence, de la pureté, de la muse... VÉtues sagement de robes et de tabliers, elles habillent la scène de sobriété tandis que leur actes sont d'une extrÉme violence : elles se tranchent une à une la langue et se transforment au fur et à mesure en ch¤ur de gémissements glaŹants. Leurs langues seront ensuite dévorées par un chien. Difficile de ne pas y voir allusion à une certaine censure. On les retrouve par la suite avec des mitraillettes, au sein d'une salle de gym, avec des drapeaux confédérés, autant d'éléments disparates qu'étranges.

Se concentrant sur ce groupe de jeunes filles, Castelluci crée dialogues et postures qui semblent rassembler à l'infini les figures maniéristes de l'art, de l'antiquité et de l'histoire occidentale ancienne mais aussi moderne, mÉlées pour mieux les faire disparaitre peu à peu dans une mise en scène qui annonce l'inéducable. La relative complexité de l'ensemble, mÉlant métaphores christiques et mots bien choisis tirés du poème "La Mort d'Empédocle" (qui se suicide en se jetant dans l'Etna) de Friedrich Hö derlin, au rythme décalé, bercent le spectateur qui alterne régulièrement entre passivité curieuse et choc émotionnel . La mélancolie et la mort sont proéminentes, la spiritualité aussi, et le jeu des actrices, leurs poses lentes et gracieuses de modèles, ainsi que la bande sonore d'une présence incroyable forment un art total.

La fin de l'¤uvre est dominée par la musique assourdissante du Tristan et Yseult de Wagner, qui envahit le théâtre lors d'une scène qualifiable de "bouquet final" qui laisse apparaitre un visage christique androgyne dans des volutes de fumée et de poudre, véritable destruction du monde, éruption de cet Etna tout puissant, et possible hommage au "Melancholia" de Lars Von Trier.

C'est choqué par la violence scénique incroyable de cette vision finale que le spectateur reprendra ensuite le fil de ses idées, cherchant à associer ses propres symboles, sa vision de la spiritualité et la densité incroyables des images et sensations distillées par la pièce de Castellucci."


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